« Scary Stories » ou comment se faire peur dans le noir

<p><< Scary Stories >>, actuellement en salle.</p>

Guillermo del Toro a habilement adapté une histoire d'épouvante d'Alvin Schwartz pour en faire un véritable conte pour adultes, réalisé par André Øvredal.

source lepoint

 

Vous, oui, vous ! Vous qui, dans le secret de votre âme, détenez une histoire qui vous hante depuis l'enfance, imaginez-la se jouer sous vos yeux d'adulte avec pour personnage principal : vous ! C'est le scénario de ce Scary Stories (to Tell in the Dark, en version originale) actuellement en salle et inspiré des recueils d'histoires d'épouvante du même nom écrit par Alvin Schwartz. Un classique. Les lecteurs de cette série des années 1980 y retrouveront l'horrible épouvantail, le zombie et son doigt de pied disparu dans la soupe, le point rouge...

D'abord sceptique, on se demande comment un réalisateur va pouvoir donner une cohérence et une représentation à tous ces récits qui, adolescent, nous ont hérissé le poil. Mais le doute est en partie levé quand on apprend que le Mexicain Guillermo del Toro, grand lecteur de Lovecraft, s'est chargé du scénario. On avait beaucoup aimé son Échine du diable et son Mimic, un peu moins ses plus grosses productions, comme Blade ou Hellboy, même si La Forme de l'eau est une réelle réussite. Pour Scary Stories, dont il est le producteur, il a confié la réalisation au Norvégien André Øvredal.

 

 

Nous sommes en 1968. Stella est une adolescente qui rêve de devenir écrivaine. Elle voue une passion pour les récits fantastiques, comme en témoignent les affiches collées au mur de sa chambre. À la télé, Nixon tente de justifier l'intervention au Vietnam. Les jeunes, eux, dévorent les albums de science-fiction, marchent en bandes et emballent dans les drive-in. En dehors d'Auggie et Chuck, Stella a peu d'amis. Sa mère a quitté la maison lorsqu'elle était encore bébé. La jeune fille est très proche de son père, modeste travailleur installé dans la petite ville de Mill Valley. D'emblée, un regret : pourquoi faut-il que le film débute par un soir de Halloween ? Les trois amis, accompagnés de Ramon Morales, un jeune et courageux Mexicain rencontré au terme d'une embrouille avec Tommy (le bad boy), décident de visiter une maison condamnée, dite hantée, qui appartenait jusqu'à la fin du XIXe siècle à une riche famille industrielle, les Bellow, qui a fait fortune dans le papier. Dans cette maison vivait une fille, Sarah, atteinte d'albinisme et accusée par les siens d'avoir révélé un secret familial, on ne dira pas lequel. Elle subira plusieurs sévices et vivra dans une cave, là où elle remplira un cahier d'histoires d'épouvante.

 

Magie noire et esprit maléfique

Ce sont cette cave et ce cahier que découvrent Stella et ses amis. Sans le savoir, ils délivrent l'esprit vengeur de Sarah qui, pour faire disparaître ceux qui l'ont importunée, va chercher au plus profond d'eux-mêmes les récits d'horreur qui ont hanté leur enfance. Le procédé est efficace. Une sorcière pour l'un, un épouvantail pour l'autre, un monstre dont les membres se dispersent pour ensuite se reconstruire, pour un troisième. En dépit de quelques maladresses (les vêtements de Tommy sur l'épouvantail que la police ne remarque pas) et de grosses ficelles (un silence absolu brisé par une soudaine apparition monstrueuse ou cette ombre noire inutile pour illustrer la présence de Sarah), ce film se regarde comme un véritable conte – pour adultes – fait de magie noire et d'esprit maléfique. L'ambiance est prenante. Le scénario est crédible – pour ainsi dire. Les représentations du mal sont réussies, car singulières. La sorcière, par exemple, ne ressemble à aucune autre.

L'époque l'exige, la morale est partout présente : chez cette fille qui se fait un devoir de s'occuper de son père, dans le personnage de ce Mexicain victime de racisme et qui s'apprête à combattre au Vietnam et même dans le sort de la petite Sarah, qui montre qu'on ne fait pas du mal impunément à un enfant.