récit d'un enquêteur Alsacien

Crédits : Gregory, doc remis.

Grégory (qui souhaite garder l’anonymat) au cours d’une enquête chez des particuliers.

source pokaa

 

À l’image des héros du célèbre film, Grégory chasse les fantômes dans des lieux inquiétants. Sorte de Ghostbuster à la démarche rationnelle, l’expert en la matière mène depuis une dizaine d’années des enquêtes sur les phénomènes paranormaux dans toute l’Alsace. Expliquer l’inexplicable, c’est un peu son dada. Mais pour lui, c’est surtout un rôle social important. Il nous raconte les dessous de cette activité si particulière.

Depuis tout petit, Grégory s’intéresse au domaine du paranormal et à la science. Aujourd’hui, cela fait près de dix ans qu’il a fondé un groupe de recherche en paranormal situé en Alsace. Mais attention ! Loin de désigner pour responsable un esprit vengeur ou un spectre assoiffé de sang, il privilégie une approche rationnelle : “Je ne peux pas dire scientifique, car je n’en suis pas un. Mais dans 95% des enquêtes que j’ai pu faire, on a pu expliquer les phénomènes de manière rationnelle. Ce sont les 5% restant qui sont vraiment intéressants.” En gros bien souvent, on a quand même tendance à flipper pour rien. Par ailleurs, si certains font du biz sur le dos des fantômes, les interventions de notre chasseur en paranormal sont bénévoles.

Grégory se rend dans tous les lieux où tu n’oserais pas mettre les pieds passé 21h. Chez des particuliers ou sur des lieux réputés hantés dans toute l’Alsace. Loin du cliché du fanatique un peu perché, la plus grande part de son activité consiste à apporter un soutien psychologique aux personnes qui le contactent, en trouvant des explications rationnelles à ce qu’elles vivent. Il s’agit alors de fournir une écoute, une oreille attentive, sur un sujet où on peut vite les prendre pour des illuminés. Il raconte : Une fois, par peur, tous les membres d’une famille dormaient ensemble dans le salon. En fait, on a fini par se rendre compte qu’ils se montaient tout simplement la tête entre eux. Ils étaient dans une sorte de psychose alors que finalement, il ne se passait rien de spécial. Tout était rapidement assimilé à une manifestation paranormale. Une tache apparaissait sur la table, et ils y voyaient un visage. À croire que certains rêveraient presque d’un tête-à-tête avec Casper. 

Passionné de science, l’enquêteur se renseigne en permanence sur les théories scientifiques qui permettraient d’expliquer certains phénomènes. Et pour vérifier ses hypothèses, il n’hésite pas à faire appel à son réseau de connaissances. Des psychiatres, des experts en bâtiment ou même parfois des radiesthésistes : s’adresser à certains d’entre eux lui permet parfois de s’assurer de la cause d’une manifestation.  

Comment enquêter sur le paranormal ? 

Généralement, les personnes qui s’estiment attaquées ou bien gênées par d’obscures forces surnaturelles font appel à l’expert sur Facebook ou bien via son site internet. Ensuite, il les rencontre à leur domicile pour un rendez-vous d’une à deux heures. “S’ils sont plusieurs, j’essaie de prendre chaque membre de la famille en privé pour vérifier que leur discours coïncide. Parfois, notre cerveau bug et nos souvenirs peuvent transformer la réalité.” explique-t-il. Son premier travail consiste donc à recueillir les premiers témoignages.

Crédits : Gregory, doc remis.
Au cours d’une enquête, les caméras filment plusieurs pièces en même temps.
Crédits : Gregory, doc remis.

Afin apercevoir lui-même les étranges phénomènes rapportés, un moment d’observation est organisé au cours d’une après-midi, d’un soir ou d’une nuit, selon les horaires où les manifestations sont les plus fortes. Bien évidemment, c’est souvent au moment le plus effrayant : en plein cœur de la nuit ! Exit l’aspirateur à fantôme et la combi beige intégrale : un bon chasseur de fantôme doit vivre avec son temps. Équipé de caméras, de dictaphones et de détecteurs de champs électromagnétiques, Grégory place alors son matériel à différents recoins de la maison. L’objectif ? Enregistrer durant plusieurs heures pour obtenir la preuve d’un événement inhabituel. Il reconnaît que : “Lorsque la famille est aussi sur place au moment de l’observation, c’est toujours un peu plus compliqué. Il peut vite y avoir des bruits parasites, car nous ne sommes pas seuls dans la maison.

Une fois la nuit passée à parcourir dans le noir les lieux hantés et à tenter de faire réagir les éventuels spectres planqués dans les murs, il doit ensuite passer de nombreuses heures à analyser les résultats : “En général, ça me prend une vingtaine d’heures sur plusieurs jours. On regarde les rush vidéo et on écoute les bandes à la recherche d’une irrégularité. Heureusement aujourd’hui, il existe des logiciels qui détectent les ondes et permettent de voir les courbes donc ça va beaucoup plus vite.” Qualité numéro un de l’enquêteur : la patience !

Crédits : Gregory, doc remis.

Le temps des hypothèses 

La présence de rongeurs, l’usure des matériaux, un vieille bâtisse, les moustiques, la brume, le brouillard ou encore la fumée de cigarette, Grégory admet que dans la plupart cas, c’est l’une de ces raisons qui est à l’origine des phénomènes. Donc avant de stresser, on ra-tio-na-lise ! Mais quand il fait part de ses conclusions, certaines réactions sont pour le moins étonnantes. Si certains se sentent immédiatement rassurés et peuvent donc continuer à vivre normalement, d’autres rejettent ses explications et continuent de privilégier la piste paranormale. Il précise : “Je ne parle jamais de fantômes par exemple. Pour moi, ça reste hypothétique. Les fantômes, c’est culturel. C’est ce qu’on associe à des bruits ou d’autres manifestations, mais c’est subjectif. Moi, je parle plutôt de phénomènes.

Mais quand ce n’est rien de tout ça, comment expliquer ces manifestations étranges ? Dans ces cas-là, Grégory essaie d’obtenir les preuves les plus formelles : “Quand je n’arrive pas à trouver une réponse. Si on a un phénomène de voix électronique, qu’on appelle PVE par exemple, je garde vraiment que le plus clair sur la piste audio. Chaque élément est ensuite soigneusement archivé.

Extrait vidéo au cours duquel Grégory aurait filmé un déplacement d’objet chez des particuliers. L’un des cartons changerait d’axe alors qu’il était avant collé contre le mur.

Il existe aussi le phénomène de Poltergeist. Ça concerne souvent des adolescents qui sont en crise et peuvent être à l’origine de perturbations électriques. De nombreuses histoires documentées parlent de jeunes qui déplacent des objets, coupent le courant ou font sonner des alarmes ou bien les téléphones.” Grégory se souvient notamment des articles au sujet du Poltergeist de Rosenheim qui parlaient d’une jeune fille capable de déplacer les objets (vers la fin des années 60) ou bien celui de la clinique d’Arcachon au sein de laquelle malades et patients auraient été la cible de jets de pierre. La crise d’adolescence est visiblement plus difficile à vivre pour eux que pour d’autres. Viens frissonner par ici mon petit si le cœur t’en dit…

Crédits : Gregory, doc remis.
Suspicion d’un spectre lors d’une enquête dans un fort datant de la Seconde Guerre mondiale.

Quelle réponse apporter ? 

Dans le paranormal, chaque cas est unique et le temps consacré à l’enquête varie beaucoup : Certaines enquêtes peuvent durer quinze jours et ça peut aller jusqu’à six mois pour les plus longues. Bien souvent, les phénomènes se passent sur des courtes périodes, ça ne dure jamais une dizaine d’années.” Nouer une relation à long terme avec un esprit semble donc bien plus compliqué qu’on pourrait le croire.

Débusquer les puissances surnaturelles, c’est bien joli, mais une fois qu’on les a trouvées, qu’est ce qu’on fait ? II est bien difficile de régler le problème auquel ceux qui le contactent sont confrontés. Croyantes ou non, certaines personnes se tournent alors vers la religion et font appel à un curé. Personnellement, je ne le conseille pas forcément, car on ne sait pas ce que c’est, et à quoi sont réellement dû ces phénomènes.” prévient Grégory.  

D’autres familles prennent une décision radicale et choisissent même de déménager. Hop ! On remballe tout et on se barre d’Amityville ! Mais la plupart du temps, l’enquêteur assure que rien que le fait de venir et de les soutenir suffit et il ne se passe plus rien.” Tu sais, comme dans les films d’horreur où seul le personnage principal voit les phénomènes et que personne n’accepte donc de le croire. Il conclut : “C’est assez étonnant. On ne sait pas pourquoi. C’est ce qui fait un peu la magie de tout ça, il y a une part de mystère dans l’ombre.