à la découverte de « l’abbé fantôme » d’Incarville, qui était-il ?

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Depuis de nombreuses années, l’église Saint-Pierre d’Incarville fait l’objet de nombreuses spéculations de la part des adeptes des phénomènes paranormaux. À tort ou à raison, il se dit que la bâtisse serait hantée par le fantôme de l’abbé René Delamare (1880-1948), parfois aussi dénommé Gilbert Delamare. Sa tombe se trouve d’ailleurs à l’intérieur de l’édifice.

source paris-normandie

 

L’homme a marqué son époque : curé de la paroisse de 1929 jusqu’à sa mort, en 1948, et guérisseur, il pratiquait la radiesthésie, un procédé qui permettrait de détecter des radiations. Cette pratique l’a conduit, en 1931, au forage d’un puits artésien de tout de même 904 mètres de profondeur dans la commune.

Mr l abbe incarville

 

FORAGE D’UN PUITS ARTÉSIEN

« L’homme avait le pressentiment qu’il y avait du pétrole sous terre, non loin de l’église. Il demanda l’avis de l’abbé Bouly, radiesthésiste de l’époque qui disposait d’une grande notoriété. Il lui a confirmé son hypothèse, après s’être rendu sur place avec son pendule. C’est Georges de Boisgelin, conseiller général du canton de Beaumont-le-Roger, qui a financé les opérations », raconte Pierre Molkhou, historien et auteur du livre Le reflet des jours sur le village d’Incarville.

L’élu de Beaumont-le-Roger aurait fait venir un derrick d’une vingtaine de mètres de hauteur (une tour en bois) pour le forage, ainsi qu’une équipe d’ouvriers. C’est alors qu’à 300 mètres jaillit un geyser d’eau, mais aucune trace de pétrole.

Source deau chaude incarville

Sûr de lui, l’abbé Delamare poursuivit les recherches jusqu’à 904 mètres. Encore une fois, ce ne fut pas le butin attendu mais, surprise, une source d’eau chaude à 28 degrés. « Les opérations avaient permis d’atteindre une nappe phréatique formée par l’infiltration des eaux superficielles coincées entre deux couches imperméables. Cette eau, réchauffée par contact géothermique, provient des régions limitrophes du bassin parisien et s’échappe du forage par un simple phénomène de vases communicants », écrit Pierre Molkhou dans son livre.

 

Par la suite, la source, qui possède des propriétés dermatologiques, fit office « de piscine chauffée pour les habitants dans les années 1950 et 1960 avant d’être rachetée, en 1978, par la commune aux héritiers de Monsieur de Boisgelin », raconte Michel Levallois, élu d’Incarville. « Elle fut même utilisée à partir de 1995, pendant une courte durée, par une entreprise d’élevage de poissons exotiques », s’amuse-t-il. Aujourd’hui, la source a été réhabilitée. Un canal lui permet de s’évacuer vers l’Eure avec un débit de 60 à 80 m³/h.

 

On raconte que l’esprit de l’abbé Delamare hante l’église. « C’est une légende qui date des années 1980/1990. Lorsqu’on entrait dans l’église, on entendait des chuchotements. Ça a duré un an. Je l’ai constaté par moi-même, certains avaient peur. On raconte que c’était l’esprit de l’abbé Delamare qui revenait. En réalité, c’était une chouette qui s’était logée dans le clocher », explique l’élu.

Si la légende veut que le fantôme de l’abbé Delamare hante les lieux, elle précise aussi que c’est un fantôme bienveillant...

 

L’historien des petites communes

Le Mesnillais Pierre Molkhou, historien et auteur d’une trentaine d’ouvrages pour les collectivités territoriales, situé pour la plupart en Normandie, a publié en 2000 « Le reflet des jours », sur l’histoire de la commune d’Incarville. Un passage raconte l’évolution de l’église Saint-Pierre.

« Elle a été attestée au XIIe siècle. Le clocher a été réédifié en 1875 et la nef a été prolongée de quelques mètres. Entre le lancement et l’aboutissement de ses travaux, ça a pris sept ans, de 1868 à 1875, car dans le contexte de la guerre franco-prussienne, les travaux ont dû être stoppés. Avant la Révolution et depuis ses origines, elle était placée sous le patronage de l’abbaye de la Trinité de Fécamp (76) », raconte-il. Par la suite sous le patronage de l’abbaye de Notre-Dame-de-Bonport de Pont-de-l’Arche, elle est aujourd’hui affectée au diocèse d’Évreux. Occupée par les Anglais lors de la guerre de Cent Ans (1337-1453), elle fut reconstruite à plusieurs reprises, aux XVIe et XVIIe siècles, même si on ignore la raison de sa destruction.

L’abbé Delamare a marqué cette paroisse et sa commune : « C’était un homme apprécié dans le village. C’est lui qui a inauguré la Croix du Vœu située sur la colline qui surplombe le village », prrécise Piere Molkhou. Cette croix fut édifiée le 9 avril 1944, suite au vœu de l’abbé Delamare d’épargner Incarville, l’église et ses habitants pendant les bombardements lors du retrait des troupes allemandes en 1944.

Le vœu se réalisera, contrairement à Louviers dont une grande partie du centre-ville a été détruit.

 

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