Au cœur de la terrifiante projection de L'Exorciste dans une église

Au cœur de la terrifiante projection de L'Exorciste dans une église

<p>Une vue de l'eglise pendant la projection de << L'Exorciste >></p>

À Strasbourg, un lieu de culte protestant a accueilli, durant un soir, le film-culte de William Friedkin. Une expérience immersive et déroutante.

source lepoint

Plusieurs centaines de personnes – de vingt à trente ans pour la plupart – attendent sur le côté de la façade de l'église Saint-Guillaume de Strasbourg. Quelques badauds s'étonnent du rassemblement. Qu'est-ce qui peut bien motiver autant de monde à se rendre subitement à l'église, un jeudi soir, à 22 heures ? Une gigantesque prière de nuit ? Un concert inédit de la chorale locale ? On est bien loin du compte. Pour la première fois au monde, ils vont voir un chef-d'œuvre du cinéma d'horreur, le terrifiant Exorciste de William Friedkin (1974), entre les murs en pierre d'un lieu de culte en activité. Glauque ? Non. « Particulièrement insolite » pour certains, « expérience cinéphilique pour d'autres », « quelque chose d'immersif qui change des salles obscures », confie Jérôme, 27 ans, fan des films d'horreur.

L'initiative a priori incongrue s'inscrit dans le cadre de l'édition 2018 du FEFFS (Festival européen du film fantastique de Strasbourg). Après avoir présenté Les Dents de la mer dans une piscine municipale et Christine – le film de John Carpenter sur une voiture tueuse – dans un drive-in, Daniel Cohen, directeur artistique de l'événement, a eu l'idée de projeter L'Exorciste dans une église, juste après avoir reçu le réalisateur William Friedkin l'an dernier. L'organisateur s'est rapproché de la paroisse protestante Saint-Guillaume, érigée au XIVe siècle, qui se trouve au cœur de la ville alsacienne, et qui cherchait justement des fonds pour sa rénovation. « Le pasteur Christophe Kocher a adhéré totalement au projet, et il n'a pas fallu longtemps avant que le conseil presbytéral de l'Église luthérienne d'Alsace-Lorraine donne son aval », explique Daniel Cohen.

 

Au total, c'est donc plus de 1 000 personnes qui ont assisté aux deux séances de L'Exorciste, jeudi soir. « Je suis surpris et un peu dépassé par l'engouement autour de l'événement », confie le pasteur Christophe Koche. À vrai dire, il n'y a pas eu beaucoup de mauvaises réactions. Quelques personnes ont été choquées sur les réseaux sociaux, et nous avons reçu une lettre d'un particulier, mais dans l'ensemble l'initiative a été bien perçue. Quand je circule en ville, on m'interpelle d'ailleurs pour me dire que c'est courageux et que c'est une bonne chose de montrer que l'Église est ouverte. »

 

Communion cinéphilique

 

Projection de l'Exorciste ©  Festival européen du film fantastique de Strasbourg

Projection de L'exorciste dans l'Eglise Saint Guilllaume de Strasbourg

© Festival européen du film fantastique de Strasbourg

 

L'intérieur de l'église, mélange de gothique et de baroque, se prête à merveille à la projection d'un film comme L'Exorciste. Un écran de 5 mètres de hauteur a été installé au-dessus de l'autel principal, et juste en dessous d'un grand orgue en chêne. Ce dernier s'anime quand les premiers spectateurs foulèrent l'entrée du bâtiment, dans une légère atmosphère funèbre. Il ne manque plus que quelques bougies distillées çà et là pour que l'immersion soit totale. Gilles et Stéphanie, un couple de trentenaires, préfèrent s'asseoir sur une des banquettes du fond. « Comme ça on peut partir plus tôt si on a trop peur », s'amusent-ils. Amandine, 22 ans, va découvrir le film pour la première fois. « Je n'aime pas vraiment les films d'horreur mais j'aime me faire peur, on verra ce que ça donne. »

Quand les lumières s'éteignent, que le générique rouge sang et les premières notes de musique de L'Exorciste apparaissent sur l'écran, le ton est donné. Avec une acoustique parfaite, la séance se déroule dans un calme religieux. Le décor, les vitraux, les tableaux christiques, le porche en bois offrent une nouvelle dimension au chef-d'œuvre de William Friedkin. Les scènes-cultes du film, notamment la séquence d'exorcisme de fin avec Max von Sydow, et ses effets spéciaux indémodables deviennent encore plus captivantes.

« Le film est peut-être un peu osé, analyse le pasteur Christophe Kocher. Mais au-delà des effets spéciaux et des images horribles, il porte un message biblique : celui du don de soi. C'est l'histoire de deux prêtres qui donnent leur vie pour qu'une petite fille puisse vivre la sienne. En outre, si on regarde les cathédrales ou les églises romanes, on trouve également des représentations monstrueuses et des scènes de jugements derniers, sauf qu'elles ne bougent pas. »

 

Pour Daniel Cohen, l'expérience est réussie. « Malgré la VOD, Netflix et autres nouveaux modes de consommation numériques, dit-il, on se rend compte que le public aime toujours partager ce genre d'expérience collective insolite. » À la sortie, Annie, 25 ans, ne regrette pas la séance : « L'ambiance était particulière. Ce n'est pas un film blasphématoire donc je ne pense pas que cela posait problème de le voir d'une église. » Même son de cloche pour un groupe d'amis qui trouvent toutefois que le long-métrage a « un peu vieilli et fait beaucoup moins peur qu'avant ». On attend désormais de pouvoir découvrir, dans la même veine, le Conjuring de James Wan dans une maison hantée…