à la découverte de la pharmacie ensorcelée de Saint-Georges-de-Vièvre

D’étranges événements se sont déroulés dans la pharmacie de la commune fin 1929- début 1930 (crédit photo : DR).

D’étranges événements se sont déroulés dans la pharmacie de la commune fin 1929- début 1930 (crédit photo : DR).

source paris-normandie

 

En décembre 1929 et janvier 1930, des faits pour le moins étranges, voire surnaturels, se seraient déroulés à la pharmacie de Saint-Georges-du-Vièvre, entre Bernay et Pont-Audemer.

Objets divers et bocaux qui volent dans l’officine, caisses qui s’ouvrent seules : autant d’événements inexplicables qui pourraient prêter au doute, à la peur ou au sourire, selon les convictions de chacun. Mais pour ce qui est du doute, toujours légitime en pareil cas, les nombreux témoignages et l’enquête de gendarmerie de l’époque donnent un certain crédit à cette histoire de... pharmacie ensorcelée.

 

Faits anormaux

Le 29 janvier 1930, les gendarmes à pied Marcel Dumortier, Paul Martin et Marcel Luickx entendent une déposition peu banale, celle d’Aimé Gourlin, pharmacien de 58 ans installé à Saint-Georges-du-Vièvre. Ce dernier témoigne que « des faits anormaux se sont passés chez moi du 10 au 28 décembre 1929, ayant recommencé le 3 janvier après une trêve de six jours ». Parmi ces faits, « un tuyau de poêle qui tombe par trois fois sans raison, des boites de pastilles et de cachets qui sont tombées devant la bonne quand elle sortait de la salle, et plusieurs fois ensuite, deux bocaux tombés à une demi-heure d’intervalle, puis cinq ou six bocaux encore tombés au cours de la journée ». La liste s’allonge, toujours plus étonnante : « Un bocal contenant 2 kg de naphtaline a contourné un meuble pour venir se briser à 2 ou 3 mètres du point où il aurait dû normalement tomber. J’ai rangé des bocaux dans une caisse pour les préserver et j’ai posé dessus un sac de 5 kg. Dans l’après-midi, le sac s’est soulevé pour laisser passer un bocal qui s’est cassé au milieu de la pièce. »

Suivent trois pages d’un témoignage édifiant.

 

Dans ce petit bourg rural de 648 âmes, où les « sorciers » et « jeteurs de sort » ont encore pignon sur rue à cette époque, la gendarmerie, elle, s’efforce de recouper ses informations. Mais les témoignages concordent dans l’étrange et le surnaturel. Alphonse Lhermitte, menuisier de 55 ans, raconte la chute d’un mortier de 20 kg ; une couturière, Mme Deshayes, qui vient effectuer des travaux tous les jeudis dans la pharmacie, évoque « un placard s’ouvrant sans raison et des bocaux, mortiers tomber à terre » Une dizaine de témoignages similaires sont recensés.

 

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Un sort jeté sur la bonne ?

Un point commun à tous ces événements est relevé : la petite bonne de 17 ans, Andrée Foutel, est, à chaque fois, dans une des pièces voisines de celle où les objets s’animent. Et quelques langues se délient. Il semblerait que la jeune bonne se soit attiré l’ire d’une autre jeune femme de 20 ans, la demoiselle S.B. qui, parait-il, aurait été vue lire un livre de magie noire... Un sort aurait-il été jeté sur Andrée Foutel afin de la discréditer auprès de son employeur ? C’est ce que la rumeur villageoise avance. Mais quand le pharmacien renvoie sa bonne, une chose est avérée, c’est que les phénomènes anormaux cessent aussitôt.

Et si tant de traces de témoignages ont été conservées, c’est que la jeune S.B. porta plainte pour diffamation, ce qui entraîna l’audition évoquée plus haut du pharmacien et des divers témoins. Finalement, l’affaire fut classée. Mlle S.B. retrouva sa bonne réputation et le pharmacien le calme dans son officine.

 

«Les anciens, ça les gênait, cette histoire »

Étienne Leroux est l’arrière- petit-fils du pharmacien et le maire actuel de la commune (photo : PN).

Étienne Leroux est l’arrière- petit-fils du pharmacien et le maire actuel de la commune (photo : PN).

 

Aimé Gourlin, le pharmacien, n’était pas le genre d’homme à croire au surnaturel, ce qui rend son témoignage d’autant plus singulier. 

 

« C’était un pharmacien, un homme de science pour l’époque, confie Étienne Leroux, arrière-petit-fils d’Aimé Gourlin, et actuel maire de Saint-Georges-du-Vièvre. Il ne croyait pas trop au surnaturel mais là, par la force des choses, il a été amené à se questionner. Et puis, il y a eu tous ces témoignages recueillis par la gendarmerie. On n’est pas dans le ouï-dire, même si c’est difficile à croire. »

 

Dans la famille, cette histoire de bonne est restée : «   Tant qu’elle était là, il y a eu des soucis, explique Étienne Leroux . C’était très certainement une histoire de jalousie entre bonnes. Mais dans la famille, cela n’a jamais été un grand débat. »

Plutôt un sujet de gêne. Également descendant du pharmacien, Thomas Gourlin se souvient avoir appris l’histoire alors qu’il avait 8 ou 9 ans : « Il y avait un document qui circulait dans la famille, écrit par le fils d’Aimé Gourlin, qui racontait cette histoire. Et ma grand-mère, qui était catholique, très croyante, m’avait dit qu’il ne fallait pas en parler, qu’il fallait oublier. On sentait bien que les anciens, ça les gênait, cette histoire. Étant gamin, ça m’avait quand même marqué.   »

La pharmacie existe toujours aujourd’hui. Pascale Bailly en est la propriétaire depuis 1990. Et la pharmacienne le confirme : « Depuis que je suis ici, il ne s’est absolument rien passé d’anormal. »

D’un autre côté, si l’officine compte bien plusieurs employés, il n’y a pas de petite bonne dans ses rangs...

Date de dernière mise à jour : 01/03/2020