D’ÉTRANGES RENCONTRES : réel rencontre ou prémontion ?

D'étranges rencontres

En 1771, un jeune homme marche sur un chemin en direction de Drusenheim, en Allemagne, quand soudain il est pris d’un étrange pressentiment. Puis, quelque chose d’étonnant se produit. Une réplique exacte de lui-même, si ce n’est qu’elle est vêtue de gris avec une touche d’or, vient vers lui sur la même route. Le jeune homme n’a jamais vu ces vêtements auparavant. Soudain, la vision disparaît, et le promeneur ne tient pas compte de l’incident.

Mais, huit ans plus tard, vont se produire d’étranges répercussions : le jeune homme se retrouve sur la même route, portant les mêmes vêtements que dans la vision. Ce personnage n’est autre que le poète allemand Johann Wolfgang Von Goethe.

Des années plus tard, Goethe est toujours intrigué par sa rencontre avec son double. Sur le moment, il l’a trouvée réconfortante, car il vient de faire de tristes adieux à Frederika, la femme qu’il aime. « Je ne sais pas ce qu’il en est d’habitude, écrit-il dans son autobiographie, mais au moment de cette séparation, d’une certaine manière, cette étrange illusion m’apaisa. »

Rencontre d’âme
Depuis des temps très reculés, on connaît des récits de gens qui rencontrent leur double. À une époque, l’idée que l’âme existe indépendamment du corps et peut s’en détacher est largement répandue : aux XVle et XVIIe siècles, les sorcières sont accusées d’envoyer leur double exécuter leurs actions diaboliques.

Au XVIIe siècle, John Aubrey, l’auteur de Brèves vies, cite plusieurs cas de doubles messagers de la mort, et notamment celui de l’astrologue sir Richard Napier. Une nuit, dans une auberge, Napier est conduit à sa chambre par l’aubergiste. À sa grande stupéfaction, il constate alors qu’un homme mort est allongé dans le lit. L’astrologue s’indigne et l’aubergiste répond qu’il n’y a pas de cadavre. Napier regarde le lit de nouveau pour constater qu’il s’agit de son propre corps. D’après Aubrey, Napier mourra quelque temps plus tard.

D’autres témoins de ce phénomène qu’un présage de mort n’effraie pas ont eu une vision plus douce. En 1929, un ecclésiastique explique qu’un soir, en s’éveillant d’un petit somme sur sa chaise : « J’ai vu une apparition, lumineuse, vaporeuse, magnifiquement réelle de moi-même qui me regardait avec une attention charmée… ; après que mon double et moi, nous nous sommes observés quelques secondes, mon fantôme a disparu. »

Pour trouver une explication, des chercheurs en phénomènes psychiques se sont tournés vers la littérature médicale. Ils ont pu lire plusieurs comptes rendus, en particulier faits par des migraineux, de rencontres avec leurs doubles. Chez certains sujets, en l’absence de maladie ou de conditions physiologiques particulières, les psychiatres ont suggéré qu’une personnalité excessivement narcissique pouvait être mise en cause, ou que l’imagination du témoin avait réussi à projeter sa propre image dans le monde extérieur.

Dans le cas de Goethe, l’explication est peut-être plus simple. Il vient juste de dire au revoir à Fredèrika. Peut-être s’est-il remis à son oeuvre de dramaturge en reprenant sa route ?

Ce qui n’est pas aussi illogique qu’il y paraît : l’auteur de Faust avait une imagination puissante. Dans le récit qu’il fit de I’incident, il se réfère à un rêve disant « qu’il ne voyait pas avec les yeux du corps, mais avec ceux de l’esprit ».

Cela n’explique pas cependant comment Goethe a pu voir les habits qu’il porterait huit ans plus tard pour une visite de retrouvailles. Il a dit que le choix de ces vêtements était « purement accidentel », mais ne donne pas assez de détails pour que quiconque puisse résoudre ce qui reste un double mystère.

 

Source: Faits étranges et récits extraordinaires aux Éditions: Sélection du Reader’s Digest, 1989.