rencontre avec des prêtres exorcistes du diocèse

Dio exo

Dans chaque diocèse existe un service exorcisme, qui fait partie du ministère de l’évêque. Ces prêtres lèvent le voile sur leurs pratiques, souvent éloignées des clichés et des mythes.

 

Lorsque l’évêque d’Évreux, Mgr Christian Nourrichard, a demandé il y a deux ans au frère Serge de l’abbaye du Bec-Hellouin d’exercer le ministère de l’exorcisme, ce dernier n’a pas hésité une seconde. « Mais sans savoir pourquoi. » Pour le père Roland Dollé, cinquante ans de prêtrise, longtemps curé de la paroisse La Madeleine-Nétreville à Évreux, c’était plutôt la surprise. « Je n’avais jamais réfléchi à la question de l’exorcisme, je suis plutôt rationaliste », admet-il.

Ce qui a sans doute motivé l’évêque dans son choix, ce sont ses vingt-deux ans passés en tant qu’aumônier dans un hôpital psychiatrique. Au plus près des personnes souffrant de pathologies mentales.

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La charge d’exorcisme, vue par le père Roland Dollé, la laïque Noémie Mainguet et le frère Serge, de l’abbaye du Bec-Hellouin

 

« SE LIBÉRER D’ENFERMEMENTS »

Forcément, le terme d’exorcisme renvoie à une imagerie particulière (le film de William Friedkin), des rituels moyenâgeux où se mélangent sciences occultes, pouvoirs magiques et incantations chamaniques. « Les gens attendent directement de nous un exorcisme, une magie, un pouvoir », reconnaît le frère Serge. Un pouvoir qu’ils ne prétendent pas détenir. « Nous aidons les gens à se libérer d’un certain nombre d’enfermements. Je préfère d’ailleurs le terme de délivrance à celui d’exorcisme », nuance Roland Dollé.

Il y a presque autant d’hommes que de femmes qui sollicitent ce service. « Des gens assez loin de l’Église », constate Roland Dollé. Beaucoup de citadins, contrairement à ce qu’il imaginait. Et de toutes origines sociales. Bien qu’il n’y ait pas de statistiques, les demandes de prises de contact augmentent. Entre une et quatre sollicitations par semaine.

 

« DERNIER RECOURS »

« Les gens qui nous appellent souffrent depuis très longtemps, ont déjà vu des marabouts, des voyantes, des hypnotiseurs, des sorciers », énumère le père Dollé. « Nous sommes un peu leur dernier recours car les prêtres sont près de Dieu », relève le frère Serge. « Le plus souvent, ce sont des gens qui vivent un enchaînement de malheurs et qui se disent qu’il y a un esprit malfaisant derrière. Ils sont parfois victimes d’une parole malveillante, menaçante, dont ils n’arrivent pas à se remettre et qui déclenche chez eux une peur profonde », poursuit Roland Dollé. « Nous ne les prenons pas pour des personnes dérangées. La plus grosse partie de l’aide consiste à écouter leurs souffrances. Nous les aidons par une prière qui contribue à les responsabiliser. » Dans la plupart des cas, cela suffit. « Il y a beaucoup de gens que nous ne voyons qu’une seule fois. C’est un accompagnement très ponctuel », poursuivent les religieux.

Les pratiques d’exorcisme (dans une église, un oratoire) sont très rares. Les deux hommes de foi n’en ont fait que deux chacun, sur plus de 200 sollicitations au total. Ces prières sont accompagnées d’un rituel balisé par l’Église, chargé de sa puissance symbolique. Une Bible, un crucifix, un cierge allumé, un peu d’encens.

 

LIEN AVEC LE BAPTÊME

« C’est l’accueil dans un monde religieux, qui a un certain rapport avec le baptême, le renouveau. On plonge dans la mort pour renaître à la vie », décrypte ainsi Noémie Mainguet, une laïque qui les accompagne.

Ces rares séances peuvent donner lieu à « des hurlements, un changement de voix, un corps qui s’agite, des mouvements compulsifs ». Autant de manifestations du Malin ? Les religieux peinent à trancher cette question. Ils ne sont en tout cas ni des psychiatres, ni des psychanalystes. « La distinction entre pathologies mentales et possession est difficile à faire », reconnaît le père Dollé. C’est avant tout à la souffrance humaine que sont confrontés les prêtres exorcistes.

 

« LE DIABLE EXISTE »

Cependant, Noémie dit avoir déjà ressenti « des forces malfaisantes », en présence « d’un tableau dans une maison qui dégageait quelque chose de malsain ». Le frère Serge se souvient du « discours effrayant d’une dame au téléphone qui disait que le diable abusait d’elle. C’est là qu’on se dit que le diable existe quelque part », lâche le frère Serge. De là à savoir expliquer ce qui semble insaisissable, c’est autre chose. « Il ne faut pas chercher le paranormal, même s’il existe peut-être, sans doute. Sinon, on s’enferme. Il faut accepter de ne pas comprendre, de ne pas savoir, mais chercher à apaiser la personne. » En libérant déjà sa parole.

 

Pour protéger ou libérer du Mal

Dans le vocabulaire de l’Église, l’exorcisme consiste à demander publiquement et avec autorité, au nom de Jésus Christ, qu’une personne ou un objet soit protégé ou libéré de l’emprise du Mal.

Il fait partie des sacramentaux institués par l’Église. Dans l’initiation chrétienne, il existe des exorcismes dits « mineurs », qui sont des prières adressées à Dieu ou au Christ, pour aider les catéchumènes à entrer dans la vie spirituelle. Le rituel du baptême comporte une « prière d’exorcisme et de délivrance » et le célèbre Notre Père se conclut par le fameux « Délivre-nous du mal ». Aujourd’hui, des personnes qui ne sont pas mandatées par l’Église catholique romaine se présentent soit comme évêques, monseigneurs ou prêtres exorcistes alors qu’elles ne sont pas inscrites aux Ordos diocésains (annuaires ecclésiastiques qui peuvent être consultés auprès des paroisses ou des évêchés). D’autre part, l’Église rappelle qu’en aucune façon, un contact avec un service d’exorcisme catholique ne peut faire l’objet d’une transaction financière. Ce service est gratuit.

Une équipe à l’écoute

 

Dans chaque diocèse de France, il existe un service exorcisme. Ils sont une centaine de religieux en France à exercer cette charge. Les personnes prennent contact avec le diocèse, qui ensuite les oriente vers les prêtres exorcistes, en fonction de leur répartition géographique.

Les prêtres exorcistes ne reçoivent jamais seuls les personnes. Ils sont entourés d’une petite équipe composée de laïcs et d’une religieuse. Au total, sept personnes. Un appui bienvenu car «   nous ne sommes pas forcément attentifs aux mêmes choses   »

 

source paris-normandie

Date de dernière mise à jour : 17/03/2020